
En cyclisme, ce sport individuel disputé par équipes, les jambes ne sont rien sans la tête. Autrement dit, sur une journée de 4h30 sur la selle, la puissance physique ne mène à la victoire qu'avec l'aide d'une solide science de la course et de la gestion de l'effort. Hélas jeudi au cours de la 18e étape du Tour, Romain Feillu a bien eu l'instinct du « bon coup », celui qui mène à la victoire, mais il n'avait plus les jambes. Au pied de la première ascension du jour, le sprinteur d'Agritubel roulait en effet de conserve avec Marcus Burghardt, futur vainqueur de cette 18e étape. Après une première heure à toute allure dans le toboggan menant de Bourg d'Oisans à Grenoble (55,7 km avalés sur un parcours en descente), le peloton qui avait annihilé toutes les initiatives offensives lâchait enfin prise et laissait partir les fuyards. Mais le jeune Français de 24 ans, arrivé à Brest avec l'ambition de briller lors de la première semaine, a payé son manque de foncier lors des 5,3 km de la montée du col de Parmentier et voyait l'Allemand du Team Columbia s'envoler vers Carlos Barredo, seul en tête, puis vers la victoire d'étape.
Burghardt plus puissant, Barredo trop nerveux
Plus puissant que son compagnon d'échappée, Burghardt a gardé la roue du coureur espagnol dans les deux autres difficultés du jour, la Croix-de-Montvieux (2e catégorie) puis la côte de Sorbier (4e catégorie) à dix bornes de l'arrivée. Premier attaquant du jour dès le kilomètre zéro puis contre-attaquant efficace, l'Allemand savait alors que l'enjeu de la fin de course était de contrôler la nervosité de Barredo : à court de solution, le coureur de Quick Step zigzaguait sur la route, attaquait au moment où Burghardt se relevait pour fermer son maillot. Il a dû s'avouer vaincu quand le coureur du Team Columbia a placé une dernière accélération décisive à 150 m de la ligne d'arrivée. Après les quatre victoires de Mark Cavendish et le Maillot Jaune pour Kim Kirchen, l'équipe américaine prouve qu'elle a plusieurs atouts dans sa manche alors que le grand Burghardt (1,89 m) s'offre une deuxième victoire de prestige à 25 ans après la classique Gand - Wevelgem en 2007. Après avoir attendu Christophe Le Mével (Crédit Agricole) et Mikel Astarloza (Euskaltel) partis en contre, Romain Feillu décroche néanmoins la troisième place pour la troisième fois depuis Brest (après Nantes et Nîmes).
Le calvaire de Cunego
Cette journée de sortie des Alpes et de remontée vers Paris devait offrir un peu de répit aux leaders : Carlos Sastre a traversé sa première journée en Jaune en toute sérénite, finissant tranquillement l'étape au sein du peloton. Pour Damiano Cunego, qui va de déception en déception sur ce Tour, la route vers Saint-Etienne a été un vrai calvaire. Incapable de se battre pour le podium, distancé par ses compagnons d'échappée dans le col de la Bonette, l'Italien a chuté dans les premiers kilomètres, s'ouvrant le menton et s'éraflant le torse. Aidé, presque poussé par ses coéquipiers de Lampre, l'ancien vainqueur du Giro a néanmoins franchi la ligne d'arrivée, avec 20'12'' de retard, à quelques mètres de Geoffroy-Guichard. L'enfer vert pour Cunego. Un enfer qui a fini par le contraindre à l'abandon dans la soirée, après un passage à l'hôpital pour des points de suture.
LES CLASSEMENTS:
Maillot jaune: C.Sastre
Maillot vert: O.Freire
Maillot à pois: B.Kohl
Maillot meilleur jeune: A.Schleck
Meilleur équipe: Team CSC