Cent soixante-douze kilomètres d'attente fébrile, de souffrance sous une pluie glacée dans le Col Agnel (20e) et toute la dramaturgie du Tour dans une seule ascension de 11 km. Si elle est loin d'avoir le profil le plus effrayant de la Grande Boucle, la montée vers Prato Nevoso (1re catégorie) a offert un suspense rare et des rebondissements à foison, aussi bien pour la victoire d'étape que pour le classement général, avec deux verdicts opposés pour les Australiens Simon Gerrans et Cadel Evans. Le Maillot Jaune ne semblait pas pourtant craindre le final mais sous la pluie, les attaques lancées par ses nombreux rivaux, ont eu raison de sa résistance. Placé au bord de ses limites par les accélérations des CSC après le Colle del Morte (3e catégorie) à 26 km de l'arrivée, éreinté par les offensives d'Andy Schleck puis de Carlos Sastre dans la dernière ascension, le leader de Silence-Lotto a été dévêtu de la tunique jaune par son premier poursuivant, Frank Schleck qui lui a pris neuf secondes après la flamme rouge.
Six coureurs en moins d'une minute
Mais le plus inquiétant pour Evans, grand favori du Tour de France, c'est d'avoir vu le nombre de ses rivaux sérieux s'agrandir : avant l'ultime journée de repos et les deux dernières étapes alpestres, six coureurs se tiennent en moins de cinquante secondes au classement général : derrière l'aîné des frères Schleck, se bousculent désormais Bernhard Kohl (à 7''), Evans (à 8''), Denis Menchov (à 38''), le résistant Christian Vandevelde (à 39'') et Carlos Sastre (à 49''). Discret et craint depuis deux semaines, le Russe de Rabobank a placé sa première attaque de cette édition à quatre kilomètres . avant de glisser sur la chaussée mouillée. Il est cependant reparti à l'offensive avec le surprenant Kohl, nouveau maillot à pois, et l'inusable Carlos Sastre. Même le résistant Christian Vandevelde (Garmin) a réussi à gratter quelques secondes sur la ligne. De quoi se creuser les méninges et imaginer les scénarios les plus improbables pour les étapes les plus difficiles.
Le bluff de Pate, la victoire pour Gerrans
Cette « course dans la course » en a occulté la lutte pour la victoire du jour entre quatre compagnons d'échappée qui ont fui dès le kilomètre 12 : Simon Gerrans (Crédit Agricole), Egoi Martinez (Euskaltel), Danny Pate (Garmin) et Jose Luis Arrieta (AG2R). Parti avec quelques hectomètres de retard, l'Australien Gerrans a serré les dents pour sauter dans le bus des fuyards. Pas forcément le plus à l'aise dans les ascensions, il a ensuite profité du coup de bluff de Martinez et Pate vers Prato Nevoso. Alors que l'Américain faisait une tête de mourant, il était le premier à répondre à l'attaque de Martinez, ancien meilleur grimpeur de la Vuelta, au plus fort de la pente alors qu'Arrieta était éliminé de la lutte. Plus véloce, l'Australien restait dans les roues en attendant le sprint où sa vitesse lui a offrt une victoire imparable. La plus belle dans son palmarès après le Grand Prix de Plumelec ou une étape du Critérium International.
L'abandon cruel de Pereiro
Visible sur tous les visages dimanche, la souffrance descoureurs du Tour s'est aussi exprimée de manière plus brutale avec le cri de détresse d'Oscar Pereiro Sio (Caisse d'Epargne) dans la descente du Col Agnel. Après avoir perdu le contrôle de son vélo à l'entrée d'un virage, le vainqueur du Tour 2006 a basculé au-dessus d'une barrière de protection et chuté plusieurs mètres en contrebas sous le regard médusé du peloton. Quinzième du classement général, Pereiro a quitté la course sur une civière, victime d'une luxation et d'une fracture de l'épaule.
LES CLASSEMENTS:
Maillot jaune: F.Schleck
Maillot vert: O.Freire
Maillot à pois: B.Kohl
Maillot meilleur jeune: V.Nibali
Meilleur équipe: Team CSC